J. Koné Katinan: «le retour de Gbagbo ne peut pas être discret»

J. Koné Katinan: «le retour de Gbagbo ne peut pas être discret»

Laurent Gbagbo sera de retour en Côte d’Ivoire le 17 juin selon son parti. L'annonce a été faite lundi 21 mai au soir, lors d’une cérémonie donnée à Abidjan à l’occasion de l’anniversaire de l’ancien président. Laurent Gbagbo, acquitté définitivement par la CPI le 31 mars, avait été transféré à La Haye en 2011. Son retour, auquel Alassane Ouattara a donné son feu vert début avril, est très attendu par ses partisans. Accueil populaire triomphal ou accueil solennel discret, quelle forme prendra ce retour ? Comment se régleront les problèmes judiciaires qui pèsent toujours sur Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire ? Quel rôle politique que jouera l'ancien président? Pour répondre à ces questions, Justin Koné Katinan, porte parole de Laurent Gbagbo, est l'invité de RFI.

RFI : Dans quel format va s’opérer ce retour ? On sait qu’on en parle depuis plusieurs jours, est-ce que ce sera un grand accueil populaire ou une formule un peu plus discrète ?

Justin Koné Katinan : Ah non ! Un tel événement ne peut pas être discret, cela va de soi ! On a lu quelques écrits, on a écouté quelques commentaires… Nous discutons avec les décideurs du pays et à ce jour nous n’avons même pas fait l’objet de débat sur le format de l’accueil, puisque nous ne voyons pas pourquoi cela ferait l’objet d’un débat. Nous avons discuté des conditionnalités sur un certain nombre de conditions qui étaient liées à des questions d’ordre technique et je crois que ces questions ont quasiment été réglées par le gouvernement. Le reste -l’accueil- vous convenez avec nous qu’un tel événement que le monde entier attend ne peut pas se faire du tout en cachette ou de façon réduite. Nous n’allons pas discuter et je ne vois pas comment cela pourrait se faire en dehors du cadre normal d’une manifestation populaire. Pour moi, nous ne voyons pas pourquoi cela pourrait faire l’objet d’une discussion, s’il s’agit de quelqu’un dont tout le monde reconnait l’importance dans le processus de réconciliation, que le gouvernement appelle de tous ses vœux, toute la nation appelle de tous ses vœux, que les partenaires de la Côte d’Ivoire appellent de tous leurs vœux… Donc nous imaginons que tout le monde voudra prendre profit de ce retour-là que nous voulons, qui réconcilie les Ivoiriens, un retour qui soit à la hauteur de l’événement pour la Côte d’Ivoire et un bon départ pour le processus de réconciliation. Donc nous, forcément, nous travaillons à ce que dans tous les cas de figure –dans tous les cas– à ce que justement ce retour puisse participer à un nouveau départ au niveau de la réconciliation.

Certaines associations de victimes s’érigent contre son retour et disent qu’elles veulent le livrer à la justice le jour où il arrive, puisque –rappelons-le– il est toujours sous le coup d’une condamnation par la justice ivoirienne pour l’affaire dite du « casse de la BCEAO ». Est-ce que cela ne met pas un peu du plomb dans l’aile à son projet de réconciliation et est-ce que Laurent Gbagbo doit être amnistié, gracié ou rejugé sur ce dossier ?

Nous sommes en Côte d’Ivoire, nous considérons que c’est un pays de droit et personne n’a un droit de condamnation sur le président Laurent Gbagbo. Il a été jugé à la CPI, acquitté pour des crimes pour lesquels il a été jugé, donc c’est fini, il est innocent. Personne ne peut le menacer ni même pour une arrestation liée à ces faits. Cela, c’est clairement établi. Et j’entends bien que les victimes qui se plaignent ne sont pas les détenteurs de la BCEAO ! Donc je ne vois pas quel est l’intérêt pour eux de faire envoyer Laurent Gbagbo en prison sur la base d’une condamnation à laquelle ils n’ont aucun intérêt direct. C’est pourquoi, je dis que personne n’a un droit de condamnation sur le président Laurent Gbagbo. Et sur la question des victimes, nous faisons beaucoup attention à ces questions-là. C’est un drame. La Côte d’Ivoire a connu un drame et c’est certain qu’il n’y a pas de débat là-dessus, mais nous n’acceptons pas la théâtralisation de la douleur des Ivoiriens, l’instrumentalisation de la douleur des Ivoiriens. On veut aller à la réconciliation, on a besoin de se parler.Le président Laurent Gbagbo, en ce qui concerne les crimes pour lesquels il a été poursuivi à la CPI et pour lesquels les victimes ont été constituées, a été acquitté. Et que ce soit dans tous les pays du monde, comme en Côte d’Ivoire, ce sont des questions qui ne se discutent pas, le principe « acquitté » est qu’il est innocent et personne ne peut revendiquer un droit de condamnation sur le président Laurent Gbagbo. Il a été acquitté, la BCEAO c’est une autre affaire. Le président Laurent Gbagbo est clair, s’il avait peur d’affronter la justice dans ce domaine, il n’allait pas demander à revenir dans son pays. On vient de vous dire qu’il vient le 17 juin, pour nous la question de la BCEAO est une affaire politique, c’est une condamnation politique et elle se résoudra de façon politique.



Est-ce que Laurent Gbagbo a un avenir politique en Côte d’Ivoire ?

Le président Laurent Gbagbo lui-même c’est la Côte d’Ivoire, c’est l’avenir de la Côte d’Ivoire, c’est-à-dire, l’avenir politique. Maintenant, quel sera cet avenir, c’est lui qui nous dira exactement ce qu’il en pense. Une telle personnalité… Le processus de réconciliation a été bloqué, parce qu’il était absent du pays et des leaders africains ont appelé à ce qu’il revienne en Côte d’Ivoire, le monde entier a appelé à ce qu’il revienne… Donc on ne peut pas l’exclure du débat politique. Maintenant, la forme qu’il va prendre dans ce débat politique, il n’y a que lui seul qui en décidera et en tant que notre chef, ce qu’il décidera nous le suivrons.

Et s’il se présente en 2025 ?

En tant que notre chef, si c’est dans l’intérêt… Et je sais qu’il décide toujours dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire, c’est qu’il a décidé dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire. Nous, nous le suivrons.

Est-ce que vous pensez que son retour va permettre la réunification du FPI ?

Oui, absolument. Moi, je suis serein sur cette question, parce que de toutes les façons, les deux tendances du FPI se reconnaissent toutes en Laurent Gbagbo. Affi a toujours dit qu’il reconnaît le président Laurent Gbagbo comme étant le leader, et nous, évidemment, nous sommes des lieutenants, donc forcément nous le comptons comme notre leader. Donc à partir du moment où il arrive, bien évidemment, la réconciliation pour nous s’opèrera absolument. Parce que c’est une nécessité pour la Côte d’ivoire, c’est une responsabilité pour notre parti de donner des signaux forts à la Côte d’Ivoire. Le retour du président Laurent Gbagbo va forcément accélérer le processus de réconciliation en notre sein. Celui qui s’y opposera, eh bien ce sera tant pis pour lui.

Par Piere Pinto - Rfi

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